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Au
fil des mois
Charles
TAMAZOUNT : "Si le Conseil d’État nous donne raison, ce sera une grande
victoire pour les harkis et leurs enfants"
Harkis et Vérité, le 24 mars 2007
A
la suite de l'audience du 14 mars dernier au Conseil d'État, le
président du Comité "Harkis et Vérité" a bien voulu
répondre aux questions de harkisetverite.info dans le cadre d'un
entretien accordé vendredi 23 mars 2007 à Paris. Charles TAMAZOUNT, fils
de harkis né au camp de harkis de Bias, doctorant en droit et diplômé
de science politique, revient sur l'ensemble des actions en justice initiées par le Comité
"Harkis et Vérité". Il livre par ailleurs ses appréciations
sur la situation juridique des familles de harkis durant le quinquennat.
Harkis et
Vérité: Monsieur le président, lors de l’audience publique
du 14 mars dernier, le Conseil d’État a examiné les recours déposés
par le Comité « Harkis et Vérité » ? Sur quoi
portaient ces recours ?
Charles
TAMAZOUNT : Le Comité « Harkis et Vérité » est à
l’origine de deux importants recours devant le Conseil d’État. Le
premier recours avait été déposé en décembre
2004 contre la politique
honteuse du gouvernement RAFFARIN à destination des enfants de harkis.
Cette politique reposait sur quatre circulaires édictées en 2003 et
2004. Ces circulaires n’ayant pas fait l’objet d’une publication
officielle, aucun enfant de harki était en mesure de connaître les
droits auxquels il pouvait prétendre dans la cadre de ces circulaires. Étant
dans l’incapacité de connaître et d’accéder à leurs droits, chacun
des enfants de harkis est soumis au bon vouloir du gouvernement pour
obtenir ses droits. Nombreux sont les enfants de harkis à se résumer la
situation à ceci :
« Toi tu y as droit, toi tu n’y as pas droit. Pourquoi ? Eh
bien, c’est comme ça ». Cette triste situation est possible quand
on a un gouvernement qui crée des droits tout en sachant que ceux qui
peuvent en bénéficier ne seront pas en mesure d'en prendre connaissance.
Les gouvernements RAFFARIN et VILLEPIN ont donné l'illusion de créer des
droits avec la ferme intention de ne pas avoir à les accorder.
Cette situation ne pouvait être tolérée sans réaction des associations de harkis. J’ai donc décidé que
le Comité « Harkis et Vérité » allait intenter un procès
à cette législation manifestement illégale et bizarrement appliquée aux enfants de harkis.
En décembre 2004, la requête a été préparée par mes soins et déposée
au Conseil d’État.
Quelques mois plus tard, en juillet 2005, le Comité
« Harkis et Vérité » a déposé une nouvelle requête devant
la plus haute juridiction administrative du pays contre les articles 6 et
9 de la loi du 23 février 2005 et son décret d’application du 17 mai
2005. Cette loi a déçu les rapatriés. La majorité UMP a refusé de
reconnaître la responsabilité de la France dans le drame des harkis.
Elle a rejeté tous les amendements, notamment ceux du groupe socialiste,
qui pouvaient constituer une réelle avancée pour les familles de harkis.
Je pense plus particulièrement à l'amendement du groupe socialiste porté et défendu par le député
socialiste de l’Hérault Kléber MESQUIDA qui visait à revaloriser la
rente à hauteur de 2 800€ avec versement d’un capital de 30 000€ a
été durement combattu puis repoussé par la majorité UMP. Le
gouvernement a préféré imposer aux harkis et à leurs veuves de choisir
entre le maintient de la rente ou une sortie du dispositif de « rente
Jospin » par le versement d’un capital de 30 000€. Il y avait à
l’époque une réelle volonté du gouvernement d’en finir avec la
rente JOSPIN, quitte à apparaître comme un gouvernement qui remet en
cause les droits acquis des familles de harkis.
Reste que les harkis et leurs veuves sont aujourd’hui à
un âge avancé de la vie. Leur imposer de choisir entre trois options où
l’espérance de vie est le principal critère pour se déterminer est
contraire au principe de respect de la dignité de la personne
humaine tel que garanti par la convention européenne des droits de
l’homme et par plusieurs textes internationaux. Les articles 6 et 9 de
la loi du 23 février 2005 imposaient aux harkis de faire un choix avec un
tel raisonnement. Dans le cadre de sa défense devant le Conseil d'État, le
Premier ministre a reconnu
et je le cite que "la faculté donnée aux bénéficiaires de
l'allocation de reconnaissance de choisir entre le versement sous forme de rente
ou en capital ou encore selon une conjonction de ces deux modalités peut
conduire les intéressés à prendre en compte leur espérance de vie
parmi les éléments déterminant leur choix". Imposer un tel
raisonnement à nos parents, c'est profondément intolérable.
Par ailleurs, la loi du 23 février 2005 fait une
distinction entre harkis suivant s’ils ont intégré la nationalité
française dans le cadre de l’ordonnance du 21 juillet 1962 ou pas.
Comme beaucoup de harkis n’ont pas intégré la nationalité française
dans le cadre de cette ordonnance, l’article 9 de la loi du 23 février
2005 a prévu de donner le pouvoir au gouvernement d’accorder les droits
de l’article 6 aux harkis qui ont été intégrés dans la nationalité française
avant le 1er janvier 1995. Une telle discrimination entre
harkis en raison de leur mode d’intégration dans la nationalité française
ne se justifie pas au regard de l’article 14 de la convention européenne
des droits de l’homme. Cette différence entre harkis conduit à de
grosses difficultés d’application et parfois à des situations injustes. La
jurisprudence du Conseil d’État regorge d’exemples de familles de
harkis qui ont dû se battre avec les pouvoirs publics pour obtenir leurs
droits.
Harkis et
Vérité: A l’audience du 14 mars au Conseil d’État, le
commissaire du gouvernement a présenté oralement ses conclusions. Il a
eu une appréciation sévère à l’égard de la politique du
gouvernement à destination des harkis. Pourquoi ?
Charles
TAMAZOUNT : Je tiens à souligner au préalable que le
commissaire du gouvernement ne représente pas le gouvernement devant le
Conseil d’État. C’est un magistrat indépendant chargé de dire
publiquement le droit dans chacune des affaires appelées à l’audience
et à conclure éventuellement à l’annulation des textes attaqués.
Ayant déposé deux recours pour excès de pouvoir devant le plus haute juridiction
administrative, le commissaire a présenté ses
conclusions lors de l’examen par le Conseil
d’État de chacune des affaires du Comité. Et il est exact que la législation applicable aux familles de
harkis n’a pas trouvé grâce aux yeux du commissaire du gouvernement.
En ce qui concerne le droit applicable aux enfants de
harkis, le commissaire du gouvernement a considéré que la politique du
gouvernement à destination des enfants de harkis aurait dû être édictée
non pas à travers des circulaires illégales et non publiées mais à
travers des textes réglementaires édictés conformément aux règles de
la constitution. C’est à dire par décrets signés du Premier ministre
et publiés au Journal Officiel. Tel n’a pas été le cas avec le droit
applicable aux enfants de harkis.
Ensuite, la constitution de fichiers par
l’administration chargée des rapatriés dans le cadre du recensement des enfants
de harkis instauré par la circulaire du 23 juillet 2003 a été jugé
contraire à la loi informatique et liberté. Pour le commissaire du
gouvernement, la CNIL (commission informatique et liberté) n’a jamais
été informée ni même consultée par le gouvernement au sujet de la création
de ces fichiers recensant des enfants de harkis.
Enfin, le magistrat a clairement
demandé l’annulation des dispositions de la circulaire du 15 mars 2004
instaurant un régime juridique de subventions aux associations totalement
illégal. Le commissaire du gouvernement a failli se fonder sur la liberté
d’association des harkis et de leurs enfants pour demander avec force
l’annulation des dispositions de cette circulaire. Enfin, plusieurs
dispositions de ces circulaire relatives à la politique de l’emploi à
destination des enfants de harkis sont également entachées d’illégalité.
Pour le commissaire du gouvernement, les principales
dispositions de ces quatre circulaires doivent être annulées par la plus
haute juridiction administrative. A l’égard des enfants de harkis, le
gouvernement a violé le droit. C’est ainsi que l’on peut résumer le
sens des conclusions du commissaire du gouvernement.
Harkis et
Vérité: En ce qui concerne les dispositions de la loi du 23 février
2005, quelle est la position du commissaire du gouvernement ?
Charles
TAMAZOUNT : Le Comité « Harkis et Vérité » a
contesté les articles 6 et 9 de la loi du 23 février 2005 à travers les
dispositions d’application prévues par le décret du 17 mai 2005.
J’ai évoqué précédemment les principaux griefs présentés au
Conseil d’État par le Comité « Harkis et Vérité » contre
ces articles 6 et 9 de la loi. Le commissaire du gouvernement a souscrit
pleinement à ma plaidoirie et a réclamé au Conseil d’État de déclarer
contraire à la Convention européenne des droits de l’Homme les article
6 et 7 de la loi du 23 février 2005. Les articles 1 à 4 du décret du 17
mai 2005 ayant pour fondement légal les articles 6 et 9 de la loi du 23 février
2005 contraire à la Convention européenne des droits de l’homme, il ne
pouvait être proposé au Conseil d’État que d’annuler ces quatre
articles du décret.
La non-conformité des articles 6 et 9 de la loi du 23 février
2005 avec la Convention européenne des droits de l’Homme est tellement
manifeste que le premier moyen d’inconventionnalité, à savoir la distinction faite entre harkis en raison de leur modalité
d’intégration dans la nationalité a
suffi au commissaire du gouvernement pour conclure à la non-conformité
des article 6 et 9 de la loi du 23 février 2005 avec la Convention européenne
des droits de l’homme.
Harkis et
Vérité: Si le Conseil d’État suit les conclusions du
commissaire du gouvernement, quelles conséquences pratiques aura la décision
du Conseil d’État ?
Charles
TAMAZOUNT : Si le Conseil d’État nous donne raison, la première
conséquence sera que les articles 6 et 9 de la loi du 23 février 2005 ne
pourront plus recevoir d’application du fait de leur non-conformité à
la Convention européenne des droits de l’Homme et du fait de
l’annulation du décret d’application du 17 mai 2005. Il n’en reste
pas moins que ces articles de loi ont été en partie appliqués en 2006.
Tous celles et ceux qui ont perçu le capital de 30 000€ en 2006
pourront réclamer prochainement le rétablissement de la rente. Illégal,
le décret du 17 mai 2005 n’aurait jamais dû imposer aux harkis et à
leurs veuves de renoncer avant le 1er octobre 2005 à la rente
par une sortie en capital de 30 000€.
Aussi, et c’est la conséquence
la plus importante, l'inconventionnalité de la loi du 23 février 2005 et
l’annulation du décret du 17 mai 2005 conduiront
nécessairement et juridiquement le prochain président de la République à niveler les droits des harkis vers le haut. C’est à dire par l’octroi du capital de 30 000€ avec maintient de
la rente à hauteur de 2 800€ pour toutes les familles de harkis. Sans une telle harmonisation des droits
des harkis vers le haut, la sortie de cet imbroglio juridique ne pourrait
se faire qu’en commettant de nouvelles illégalités avec le risque de
subir une nouvelle condamnation du Conseil d’État.
Harkis et
Vérité: En somme, si le Conseil d’État suit le
commissaire du gouvernement, vous aurez gagné ?
Charles
TAMAZOUNT : Si le Conseil d’État nous donne raison, ce sera la
première grande victoire des familles
de harkis. Il en sera fini de la loi du 23 février 2005 et le
dossier « harkis » sera réexaminé par le parlement dès le début
du prochain quinquennat. Bien entendu, nous souhaitons que ce dossier soit
réexaminé par une autre majorité que la majorité UMP. Au cours de ces
cinq dernières années, on peut dorénavant dire que les familles de
harkis ont été vaccinées par un tel traitement de la droite.
Si la politique du gouvernement à destination des
rapatriés est sanctionnée juridiquement par le Conseil d’État, cette
sanction juridique devra logiquement se traduire par une sanction
politique. C’est pourquoi les 22 avril et 6 mai prochain, je
sanctionnerai l’actuelle majorité en déposant le
bulletin de vote « Ségolène ROYAL » dans l’urne. Les différents
candidats aux élections présidentielles se réclamant de
l’actuelle majorité ne méritent pas la confiance des familles de
harkis.
Harkis et
Vérité: Monsieur le président,
lors de la dernière réunion du bureau exécutif du Comité « Harkis
et Vérité », il avait été proposé d’informer de façon conséquente
les harkis et les rapatriés de l’ensemble de ces actions en justice.
Qu’en pensez-vous ?
Charles
TAMAZOUNT : Effectivement, je partage
l’avis du bureau exécutif. Il faut aujourd’hui informer les harkis et
les rapatriés de l’ensemble de la procédure en justice. C’est
pourquoi je m’engage à faire parvenir avant les prochaines élections législatives
l’ensemble des pièces de la procédure (les différents mémoires, les
conclusions du commissaire du gouvernement et la décision du Conseil d’État)
aux associations adhérentes et sympathisantes du Comité ainsi qu’aux
militants et sympathisants. Ils pourront alors prendre connaissance des déclarations
officielles du gouvernement sur la politique à destination des familles
de harkis et connaître la bataille
juridique que nous avons mené au service des harkis et des rapatriés
dans leur ensemble. Bien sûr, étant
très attaché au fait que les harkis soient tenus informés de l'actualité qui les concernent, je demande au
Comité de faire parvenir
un exemplaire de la procédure aux associations et aux différentes personnes qui en feront
la demande auprès du Comité.¢
Propos
recueillis par Abdel
COURAGE
__________________________________
Tsunami
au Conseil d'État
Harkis et Vérité, le 14 mars 2007
C'est un
véritable tsunami qu'a affronté le gouvernement lors de l'audience
publique où le Conseil d'État a examiné les recours déposés
par le Comité "Harkis et Vérité". La neuvième et dixième
sous-sections de la section du contentieux du Conseil
d'État s'étaient réunies pour cette occasion solennelle. Après lecture
du rapport d'instruction par le magistrat rapporteur, il revenait au
commissaire du gouvernement Claire Landais de prononcer ses conclusions.
Contrairement à ce que son appellation peut laisser penser, le
commissaire du gouvernement n'est pas le représentant du gouvernement
devant le Conseil d'État, mais un magistrat indépendant chargé de dire
publiquement le droit dans chacune des affaires présentée à l'audience. En
ce qui concerne l'audience du 14 mars, l'ensemble de la législation
applicable à la communauté harkie n'a pas trouvé grâce auprès du
commissaire du gouvernement. Dans une appréciation claire et juste au regard
de la légalité républicaine, tous les textes applicables à la
communauté harkie sont entachés d'illégalité. A commencer par les
articles 6 et 9 de la loi du 23 février 2005, le commissaire du
gouvernement a demandé au Conseil d'État de déclarer ces articles comme
contraires à la convention européenne des droits de l'homme. Ensuite, la
mise en place d'une politique de l'emploi à travers des circulaires est
également illégale. Par ailleurs, le commissaire du gouvernement a
réclamé au Conseil d'État l'annulation des pouvoirs de l'administration des rapatriés pour accorder des subventions aux
associations. Les circulaires qui instaurent ces subventions sont
contraires à la légalité républicaine pour le commissaire du
gouvernement.
Enfin, la création d'un fichier recensant les enfants de harkis demandeur
d'emploi aurait été mise en oeuvre depuis 2003 en toute illégalité et
en violation flagrante de la loi informatique et liberté. La CNIL n'a
jamais été saisi par le gouvernement pour légaliser de telles
pratiques. A l'issue de
l'audience, le président du Comité "Harkis et Vérité" s'est
déclaré satisfait. "Nous avons été entendu et compris par le
commissaire du gouvernement. Le mécontentement et la mobilisation des
harkis contre la loi du 23 février 2005 n'a pas été vaine. Il ne reste plus
qu'au Conseil d'État à rendre sa décision dans les trois prochaines
semaines. Si le Conseil d'État suit les conclusions du commissaire du
gouvernement*, ce sera une grande victoire pour les familles de
harkis" a-t-il déclaré. Réponse dans trois semaines.¢
*
Dans 95%
des affaires, le Conseil d'État suit son commissaire du gouvernement.
___________________________________
14 mars 2007, le
drame des harkis examiné par le Conseil d'État
Harkis et Vérité, le 11 mars 2007
Le Conseil
d'État examinera en audience publique le 14 mars prochain à 14 heures
les requêtes déposées par le Comité
"Harkis
et Vérité" contre la législation édictée par l'actuel
gouvernement ces dernières années.
La première requête devrait conduire la plus haute juridiction
administrative à se prononcer sur la légalité de la politique du
gouvernement à destination des enfants de harkis. Ensuite, dans le cadre
de la seconde plainte, le Conseil d'État sera amené à examiner la
conformité à la convention européenne des droits de l'Homme des
articles de la loi du 23 février 2005 applicables aux harkis. Contacté
par la rédaction de harkisetverite.info, le président du Comité
"Harkis et Vérité" Charles TAMAZOUNT a déclaré que "les
harkis et leurs enfants auront le droit, à travers cette audience, à
vrai débat juridique sur la politique menée à leur égard depuis cinq
ans. Cette politique publique à destination des harkis a été
régulièrement et fortement rejetée par les enfants de harkis. L'actuel
gouvernement n'a pas dénié mobiliser la moindre écoute vis à vis des
attentes et notamment des souffrances endurées par les enfants de harkis.
Étant moi-même enfant
de harki, et ne pouvant admettre l'attitude d'une majorité UMP qui a
refusé toute avancée et amélioration sensible de la situation des
familles de harkis au cours de ce quinquennat , j'avais décidé que le
Comité "Harkis et Vérité" saisirait le Conseil d'État de
tous les récents textes édictés à destination des harkis et de leurs
enfants. A défaut de vouloir entendre les attentes de la communauté
harkis, le dépôt de ces requêtes a obligé le gouvernement à débattre
juridiquement de sa politique relative aux harkis. Maintenant, l'audience
du 14 mars doit permettre de rendre public ce débat juridique. Si le
Conseil d'État nous donne raison, toute la politique gouvernementale
devra être profondément revue. Il reviendra alors aux différents
candidats à la présidentielle de tirer les enseignement des arrêts que
le Conseil d'État rendra".
Pour le Comité "Harkis et Vérité",
cette action auprès du Conseil d'État vise à ce que la quête de
justice constamment revendiquée par les enfants de harkis devienne enfin
une réalité."Grâce à la maturité politique des harkis
et de leurs enfants, et après un dialogue constructif avec les
associations adhérentes et sympathisante, les attentes des
familles de harkis ont été désormais clairement exprimées en justice et ont fait
l'objet dernièrement d'une synthèse dans le cadre d'un manifeste reprenant vos
propositions, à vous, militants, sympathisants, internautes ou amis, en matière de reconnaissance et d'insertion. Ce texte sera adressé aux
différents candidats à la présidentielle" a affirmé Charles TAMAZOUNT. Et de finir
par confier : "A l'approche du 14 mars, nous sommes
confiants".
Le
14 mars, après une présentation des différentes affaires par le
magistrat rapporteur, le commissaire du gouvernement prononcera ses
conclusions. L'audience publique prendra ensuite fin par la mise en
délibéré des affaires. Les arrêts devraient être rendus quelques
jours plus tard.
¢
______________________________
Devant le Conseil
d’État,
le gouvernement dévoile
la vérité de sa politique
Revue "Harkis et Vérité" n° 8 septembre 2006
«On
échappe pas à ses juges » disent souvent les juristes. Cet
adage devrait prochainement s’appliquer à la politique gouvernementale
à destination des harkis. A l’initiative du Comité « Harkis et Vérité »,
deux plaintes
ont été déposées devant le Conseil d’État ces dernières années
contre la législation applicable aux familles de harkis.
La première requête fut déposée le
15 décembre 2004 contre les circulaires du 17 février 2003, du 23
juillet 2003 et du 15 mars 2004. Les harkis et leurs enfants
connaissent-ils l’existence de ces circulaires ? Sont-ils en mesure de
connaître les droits auxquels la communauté harkie pourrait éventuellement
prétendre dans des domaines tels que l’emploi, les études scolaires et
universitaires, le logement ou les aides diverses ? A l’évidence, non.
Aucune des circulaires règlementant actuellement le droit des familles de
harkis n’a été publiée au Journal Officiel. Pourtant, ces circulaires
existent et l’actuel gouvernement s’appuie sur ces textes pour vanter
sa grande politique en faveur des harkis et de leurs enfants. Toujours est
il que faute d’avoir été publiées, ces circulaires mettent les
familles de harkis à la merci du bon vouloir des services de préfecture
ou de l’administration des rapatriés pour l’obtention de leur droit.
Cette situation ne pouvait être tolérée
par la communauté harkie. C’est pourquoi le bureau exécutif du Comité
« Harkis et Vérité » a saisi le Conseil d’État de
l’ensemble de ces circulaires afin que la plus haute juridiction
administrative française dise la réalité du droit applicable aux
familles de harkis. La plainte ayant été déclarée recevable, le
Conseil d’État a mis en demeure le gouvernement de présenter sa défense.
Le 26 juillet 2005, le gouvernement a
remis au Conseil d’État son mémoire en défense dans la procédure
l’opposant au Comité « Harkis et Vérité ». A la lecture
de ce mémoire, la défense du gouvernement fut difficile à construire
pour convaincre les juges du bien fondé de la politique visant les
harkis.
Aucun des moyens juridiques soulevés par le Comité
« Harkis et Vérité » en faveur de l’annulation de ces
circulaires n’a été sérieusement contesté. Au nom du Premier
Ministre, le président de la Mission interministérielle aux rapatriés
s’est borné à dire que « ces circulaires ont un caractère
purement interne à l’administration et ne sont pas de ce fait
susceptible d’un recours contentieux ». Aussi, à la surprise
générale, l’essentiel de la défense du gouvernement consiste à
convaincre le Conseil d’État que ces circulaires ne créent aucun droit
en faveur des familles de harkis dans le domaine de l’emploi, du
logement, des études scolaires et des aides diverses. Or, pendant quatre
ans, ce même gouvernement n’a pas cessé de dire l’inverse en évoquant
régulièrement des droits et des mesures en faveur notamment des enfants
de harkis dans le cadre de ces circulaires. Contraint de dire la vérité
devant le Conseil d’État, le gouvernement a-t-il menti aux harkis ?
L’affaire doit être prochainement inscrite à l’ordre du jour d’une
séance de jugement du Conseil d’État. Les circulaires attaquées
encourent manifestement l’annulation.
Le Conseil d’État n’en aura pas
pour autant fini d’examiner la situation juridique des familles de
harkis. Le Comité « Harkis et Vérité » est également à
l’origine d’une plainte déposée le 13 juillet 2005 contre la loi du
23 février 2005 et son décret d’application du 17 mai 2005. En
imposant aux familles de harkis de choisir entre la rente JOSPIN et une
sortie en capital du dispositif de rente JOSPIN, le gouvernement et la
majorité actuelle ont contraint les bénéficiaires harkis ou leurs
veuves à faire leur choix au regard de la date probable de leur décès.
Or un dispositif qui conduit à un tel raisonnement est contraire au
principe de respect de la dignité humaine et à la convention européenne
des droits de l’Homme.
La requête du Comité « Harkis
et Vérité » ayant été déclarée recevable, le gouvernement fut
contraint de présenter sa défense. Dans son mémoire en défense du 6
avril dernier, le Premier Ministre a reconnu que l’espérance de vie des
bénéficiaires harkis ou veuves est un des éléments déterminants pour
effectuer le choix entre la rente et la sortie en capital du dispositif. « La
faculté donnée aux bénéficiaires de l’allocation de reconnaissance
de choisir entre un versement sous forme de rente ou en capital ou encore
selon une conjonction des deux modalités peut conduire les intéressés
à prendre en compte leur espérance de vie parmi les éléments déterminants
de leur choix » concède le gouvernement tout en affirmant que
son texte n’est pas contraire à la convention européenne des droits de
l’homme et au respect de la dignité de la personne humaine. Quoi
qu’il en soit, il reviendra prochainement à la plus haute juridiction
administrative de dire le droit dans cette affaire.
Quelle que soit l’issue de ces
plaintes, ces procédures auront eu le mérite d’avoir contraint le
gouvernement à s’expliquer d’égal à égal avec une association de
la communauté harkie afin que la vérité sur la politique
gouvernementale à destination des familles de harkis soit mise à la
disposition de tous. Il en va de l’avenir des enfants de harkis et de la
mémoire de leurs parents.¢
____________________________
Dépôt d'un recours
devant le Conseil d'État contre le décret du 17 mai 2005
Harkis et Vérité, le 10 septembre 2005
Le vendredi
9 septembre, à l'issue de son bureau exécutif de rentrée réuni à
Paris, le Comité "Harkis et Vérité" a annoncé qu'un recours
pour excès
de pouvoir a été déposé devant le Conseil d'État contre le décret du
17 mai 2005 édicté par le gouvernement en application de l'article 6 de
la loi du 23 février 2003 relative aux rapatriés. Le décret du 17 mai
2005 a organisé et imposé aux familles de harkis des modalités de choix
entre la rente Jospin et la sortie du dispositif de rente Jospin par le
versement d'un capital de 30 000€.
D'après le texte de la requête dont harkisetverite.info a pu
prendre connaissance, le Comité "Harkis et Vérité" demande au
Conseil d'État d'annuler le décret du 17 mai 2005 et d'enjoindre au
gouvernement de prendre les mesures nécessaires au maintien de la rente
avec le versement du capital de 30 000€. Le texte de la requête réclame
également que cette injonction au gouvernement soit assortie d'une
astreinte de 10 000€ par jour de retard.
Pour obtenir l'annulation du décret du 17 mai 2005, le Comité développe
dans sa requête d'une dizaine de pages, toute une série d'arguments
juridiques notamment fondés sur les atteintes à la Convention européenne
des droits de l'homme qu'engendre l'application de la loi du 23 février
2005 et son décret d'application du 17 mai à l'égard des familles de
harkis. "La rente Jospin est un droit acquis pour les harkis et
leurs veuves. En modifier son régime juridique comme l'a fait l'actuelle
majorité avec la loi du 23 février 2005 en instaurant un tel dispositif
de choix quand on connaît l'âge avancé des personnes concernées, c'est
une remise en cause pure et simple d'un droit acquis. Or la convention
européenne prohibe ce genre de remise en cause des droits acquis"
a déclaré le Président du Comité "Harkis et Vérité".
Le gouvernement présentera ses observation au cours de la procédure. "Nous
sommes confiants. Le Droit est avec nous. A la Justice de se prononcer
maintenant" a déclaré le secrétaire général du Comité à
l'issue de la réunion. Réponse dans quelques mois. ¢
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