Actualité

Parlement

Le budget 2004

abandonne les harkis

         Les familles de harkis attendent beaucoup de l'année 2004. Après une année 2003 placée sous le signe de la revendication, le gouvernement se doit de répondre aux attentes de la communauté harkie. Or, c'est avec stupeur que "Harkis et Vérité", après enquête, a pris connaissance de la suppression des mesures en faveur des familles de harkis et plus particulièrement en faveur de la jeunesse. Le projet de loi de finances pour 2004 supprimerait les crédits d'intervention des préfectures et de la Mission interministérielle (bourses, aides sociales, formation, emploi...). Soit plus de 6 millions d'euros.

        Cette suppression a été clairement annoncée par le député UMP Marie-Anne MONTCHAMP, rapporteur spécial du budget "Solidarité" dans le cadre du vote du projet de loi de finances pour 2004. "Le présent projet de loi prévoit la fermeture du plan « harkis », et en conséquence, aucune ouverture de crédits" en 2004 a déclaré le député UMP dans son rapport. Le jeudi 30 octobre, lors de l'examen des crédits "Rapatriés" en commission des finances, un parlementaire a pris la parole sur le sujet. "S'agissant des rapatriés, est-on bien certain qu'un débat aura lieu au Parlement ?" a questionné Gérard BAPT, député PS de Haute-Garonne. En principe, ce débat devrait avoir lieu au cours de la première quinzaine de décembre.

      Aussi, le mercredi 5 novembre, les débats dans l'hémicycle  n'ont pas permis de revenir sur cette suppression décidée par le gouvernement RAFFARIN. Les crédits "Rapatriés" ont été absent du discours de présentation du budget des "Affaires sociales" par le ministre UMP François FILLON. Au cours des débats, quelques députés inquiets de la situation dans laquelle se trouvent les familles de harkis ont interpellé le ministre en ces termes: "Votre budget est un budget d'attente". Un autre de rajouter: "Comment ne pas être préoccupé par la situation plus qu'incertaine des épouses et des veuves de harkis? Elles ont droit à la sécurité matérielle..." Face aux interpellations des députés, le ministre a répondu: "Notre action en faveur des rapatriés s'est traduite par la reconnaissance morale de la nation à l'égard de cette population meurtrie par l'histoire que par la réparation de la dette matérielle... Nous nous préoccupons également de la sécurité matérielle des veuves de harkis..." Et de préciser : "En 2002, nous avons demandé au Parlement la création d'une allocation de reconnaissance et nous entendons améliorer encore les conditions de vie des familles". Malgré les propos apaisants du ministre, le budget portant suppression du "Plan Harkis" n'a pas été finalement remis en cause par la majorité de droite à la fin de la discussion budgetaire.¢

Évolution des crédits d'intervention des pouvoirs publics en faveur des familles de rapatriés depuis 3 ans en euros

Année

Gouvernement

2002

Jospin

2003

Raffarin

2004

Raffarin

Délégation puis Mission aux rapatriés 2 134 286 €

1 219 592 €

0 €
Préfectures 6 867 807 € 4 808 337 € 0 €

Source: Bleus budgétaires Ministère de l'Économie et des Finances

 

   Interview du député Bacquet    

  

" La vérité doit être 

notre seul objectif "

      La communauté harkie revendique depuis plusieurs années une reconnaissance officielle de sa tragédie. Depuis mars 2003, dans l'antichambre de l'Assemblée Nationale, une proposition de loi en ce sens attend d'être débattue et votée. Ce texte déclare dans ses articles que "la France reconnaît ses responsabilités dans l'abandon des supplétifs et reconnaît l'ampleur des massacres". Aussi le texte prévoit que "la France reconnaît également ses responsabilités dans l'histoire des harkis et les difficultés de vie qui ont été les leurs". "Harkis et Vérité" a souhaité obtenir une interview de l'auteur de grand texte parlementaire. Monsieur Jean-Paul Bacquet, député socialiste du Puy de Dôme a bien voulu s'entretenir avec la rédaction de "Harkis et Vérité" sur l'actualité récente de la communauté harkie.

Harkis et Vérité: Monsieur le député, la récente sortie du livre "Un mensonge français" de Georges-Marc Benanmou et des dépôts de plainte pour crimes contre l'humanité ont provoqué un débat autour du gaullisme et les harkis. Quel est votre opinion ?

Jean-Paul Bacquet : Je reste persuadé que le débat et la recherche de la vérité sont salutaires à la démocratie. Certes, les psycho-traumatismes, le travail de deuil, la non reconnaissance de l'état de guerre en Algérie ont retardé la prise de conscience collective du drame des Harkis, mais n'a-t-on pas attendu 80 ans pour parler de la réhabilitation des fusillés de 1917 ! La vérité, même si elle demande du temps, doit être notre seul objectif pour renforcer la République et la démocratie.

Harkis et Vérité: L'actuelle majorité ne semble pas vouloir entendre parler de responsabilité de la France envers les harkis. Le rapport Diefenbacher élude cette question. Pourquoi ?

Jean-Paul Bacquet : Il me semblerait préférable que vous posiez cette question à la majorité actuelle. Pour ce qui me concerne, son comportement ne m'étonne pas.

Harkis et Vérité :Vous êtes l'auteur d'une proposition de loi visant à ce que la France reconnaisse ses responsabilités dans les massacres de harkis et dans l'accueil des rescapés et de leurs familles dans des camps en France. Pensez-vous que l'actualité récente vous permettra de progresser dans votre démarche de reconnaissance en faveur des harkis et leurs enfants ?

Jean-Paul Bacquet : J'espère que la recherche collective de la vérité, et donc des responsabilités de chacun, permettra de progresser. Sachez que j'ai appris dans un article de la presse locale, il y a deux ou trois ans, que des enfants de Harkis décédés lors de leur séjour dans le camp de Bourg Lastic, avaient été enterrés sur place et que l'entretien de leur sépulture a été fait à titre bénévole, par des militaires de ce camp. Nous sommes bien loin de la vérité, car je suis persuadé que dans notre propre région, rares sont les habitants qui savent que des Harkis ont séjourné à Bourg Lastic, et je constate malheureusement quotidiennement que très nombreux sont ceux qui n'ont même pas connaissance de l'existence des Harkis dans le conflit algérien.

Harkis et Vérité: Le parti socialiste a proposé la création d'une fondation pour la mémoire harkie lors du congrès de Dijon. Vous-même, vous semblez être très attaché à la mémoire des harkis. Pourquoi cet attachement ?

Jean-Paul Bacquet: Le non devoir de mémoire, la méconnaissance générale de l'histoire et la " pudeur " avec laquelle on aborde le drame des Harkis, m'incitent à vouloir que l'histoire, aussi dramatique soit-elle, soit connue dans notre pays.

Harkis et Vérité: Un débat sur les rapatriés aura lieu début décembre. La gauche est très soucieuse du devenir des rapatriés. Quelle sera la position des députés de l'opposition socialiste durant ce débat ?

Jean-Paul Bacquet: Défendre l'honneur des Harkis, refuser que l'on enterre un dossier sous prétexte qu'il a plus de 40 ans, rechercher les témoignages de la vérité.

Harkis et Vérité: Quel message d'espoir souhaitez-vous adresser aux enfants de harkis ?

Jean-Paul Bacquet : Qu'ils peuvent être fiers de leurs parents et que la France leur sera définitivement reconnaissante de s'être engagés à ses côtés dans des moments difficiles et dramatiques, comme les combattants d'Afrique du Nord avaient su le faire dans les deux grands conflits mondiaux.¢
Propos recueillis par Charles TAMAZOUNT

Proposition de loi du député BACQUET

 Justice  

Le gouvernement s'oppose aux plaintes de harkis

     Par l'entremise du secrétaire d'État aux anciens combattants, le gouvernement s'est déclaré opposé aux plaintes de harkis pour crimes contre l'humanité. Dans un entretien au Figaro, le secrétaire d'État aux anciens combattants a déclaré :"Je suis contre". Et de préciser que "ces plaintes sont le fait d'une minorité poussée par des gens étrangers à ce conflit". Pour le secrétaire d'État, "il y a d'autres priorités, et notamment celle d'aider les enfants de harkis à trouver leur juste place dans la société française : économique, sociale et politique". Or toute la problèmatique harkie est aujourd'hui mise en lumière. Comment assurer ces éternelles priorités alors que dans le même temps, l'actuel gouvernement s'oriente vers une suppression du "Plan Harkis"? La politique gouvernementale en faveur des familles harkis semble bien contradictoire.¢

 Opinion harkie 

Le grain de sable

Par Si-Mohand SACI

     Dans le cadre du débat, d'autres plaintes similaires n'ont pas pour l'instant abouti, la justice française estimant notamment que les infractions commises pendant cette période, en Algérie, sont couvertes par une loi d'amnistie du 31 juillet 1968.

     Mon petit commentaire sur la loi amnistie, ou plutôt le grain de sable. L'internement abusif dans les camps, les conditions de survie, les couvres feux, l'internement dans des centres psychiatriques de harkis quand ils osaient réclamer leurs droits, le placement des enfants de harkis dans les centres (arrachés à leurs familles par la menace). Toutes ces exactions étaient connues des autorités. Et elles ne sont pas couvertes par la loi d'amnistie. Par exemple, les droits détournés dans les camps.

     Dans le rapport remis le 17 septembre au Premier ministre, le député de Marmande Michel DIEFENBACHER indique qu'une allocation de subsistance de 350fr était attribuée pour un rapatrié célibataire. Dans la pratique, mon père avec 4 enfants devait touché plus de 600fr. Il ne touchait finalement que 175fr par mois. Le reste était retenu. Je ne fais pas la liste de toutes les privations de notre communauté, vous l'avez vécu.

     Concernant toutes ces plaintes, j'ai bien peur qu'une partie de tennis se jouera entre les deux bords de la Méditerranée. Et que les attentes de notre communauté soient occultées. Il y a nécessairement un travail de mémoire à faire, c'est le rôle des historiens. Il y a aussi un besoin prioritaire de réparation, c'est le devoir du gouvernement de répondre à notre attente.

   Quand à la justice, à la vitesse  où ça va, je ne sais pas si la 3ème ou 4ème génération sera témoin de la reconnaissance de ces crimes contre notre communauté. Battons- nous plus pour faire valoir nos droits, sans hésiter à dénoncer les "mesurettes" que propose le député UMP du Lot et Garonne Michel DIEFENBACHER.¢

Si-Mohand Saci est enfant de harki du camp de Bias

Sondage

Une majorité de français favorable aux harkis

     Nos compatriotes français ont rarement eu l'occasion de se prononcer sur le drame des harkis. Aujourd'hui, c'est chose faite. Dans un récent sondage CSA pour l'émission "Mots croisés-France 2", 68% des personnes interrogées estiment que la France s'est "mal comportée" vis-à-vis des Harkis, 20% sont d'avis contraire et 10% sans opinion.

     L'opinion publique française semble être au côté des familles de harkis. Cette enquête d'opinion apparaît comme la démonstration que le combat pour une reconnaissance officielle du drame des harkis est frappé du sceau de la légitimité. Que les parlementaires de France entend ce message de l'opinion!¢

      Allocation 

Légère revalorisation de la rente harkie

    En 1999, le gouvernement de la Gauche Plurielle avait créé une rente viagère en faveur des familles de harkis. En décembre 2002, l'actuel gouvernement l'a transformé en allocation de reconnaissance.

    Une légère revalorisation de quelques dizaines euros de cette allocation serait à attendre. Mais à ce jour, cette éventuelle revalorisation n'est pas encore effective. Elle devrait être annoncée par le gouvernement après le débat parlementaire sur les rapatriés.

     Cette légère revalorisation serait une façon de répondre à une des propositions du rapport DIEFENBACHER en début d'année 2004. Le député du Lot et Garonne a, parmi ses propositions, évoqué la possibilité pour le gouvernement d'opérer un "doublement de son montant" (proposition n°13). Pour l'auteur du rapport, "la dépense budgétaire annuelle supplémentaire serait de 16 millions d'Euros".

     Ce doublement de l'allocation ne devrait pas avoir lieu en 2004. Le gouvernement n'a inscrit au titre de cette allocation de reconnaissance que 11 millions d'Euros dans le projet de loi de finances pour 2004. Ce qui n'est pas suffisant pour rendre effective en janvier prochain, la proposition du député DIEFENBACHER de doubler le montant de cette allocation.¢

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