|
|
|
CONGRES
DE DIJON – MAI 2003 CONTRIBUTION
THÉMATIQUE
CONCERNANT LA QUESTION
‘’ HARKIS ‘’ MÉMOIRE, JUSTICE, CITOYENNETÉ
Ce
congrès détermine les orientations majeures de notre Parti. La réflexion
et les débats, nous l’espérons, vont fonder de nouvelles exigences
sociales et démocratiques. Ils traceront les lignes de force de
nouvelles relations internationales avec une Europe plus forte et une
nouvelle compréhension des relations avec les pays du bassin méditerranéen.
Nous voulons à cette occasion, réaffirmer l’importance de la
question ‘’harkis’’, des solutions qui doivent y être apportées
et les mettre en perspective. En effet, au-delà de sa spécificité,
cette question renvoie à celle de la citoyenneté vécue dans notre
pays. Notons que la difficulté à nommer cette situation témoigne de
sa complexité. Notre
parti s’est engagé sur ce dossier après le Congrès de Grenoble en
nommant un délégué national à la Question ‘’Harkis’’, Salem
BOUSSADA. Cette désignation faisait suite à une réflexion collective
menée par des militants socialistes et sympathisants, préoccupés par
cette question et dont certains sont filles ou fils d’anciens Harkis. Il
s’est agi pour le groupe de travail de lever les ambiguïtés et le
malaise persistant à gauche en particulier sur l’approche historique
de cette période et de ses conséquences. Un premier article dans l’Hebdo
des Socialistes du 21 avril 2000, retraçait le contexte de cette
situation, et les premières conclusions du groupe de travail ont été
publiées dans la Revue “ Harkis et Vérité ” de juin
2002. Régulièrement
les jeunes se réclament de cette identité, qui est celle de leurs pères,
pour exprimer leur sentiment d’injustice et une demande très forte de
réparation et de participation aux responsabilités politiques, tant au
sein de notre Parti qu’au niveau national et des collectivités
locales Guerre d’Algérie Les
accords d'Evian du 18 mars 1962 en ont marqué la fin. Cette date
correspond pour les Anciens Harkis, à l’accélération des drames vécus.
Cette page très sombre de notre histoire récente a constitué une
blessure dont les plaies sont encore très vives dans la société française
et les anciens Harkis sont au cœur du malaise que suscite cette époque
tragique. Un déni de reconnaissance, une dignité refusée ont accentué
le malaise de ces Français délaissés par la France comme ils sont
rejetés en Algérie. Ce
sentiment de ne pas avoir été compris par la Nation est toujours
fortement présent, quarante ans après. La France n’a pas su mesurer,
comprendre et traiter les drames humains, familiaux, personnels et
culturels vécus. Aucune des politiques d’aide mise en place n’a su
prendre en compte l’ensemble de ces dimensions. Car le devoir de mémoire
passe par la reconnaissance de la responsabilité de l’État français
dans l’abandon de cette communauté en 1962. Des gestes symboliques
des plus hautes autorités de l’État sont encore nécessaires, des
lieux de mémoire et de recueillement doivent consacrer le souvenir des
victimes et en assurer la transmission aux générations à venir. La
France a, à l’égard des Harkis, une dette d’honneur qu’elle se
doit de reconnaître. La
décision d’instituer la “ Journée d’hommage aux Harkis ”
est une mesure symbolique importante que le gouvernement de Lionel
JOSPIN avait initiée et célébrée avec éclat le 25 septembre 2001. Pérenniser
officiellement la célébration de cette journée par une loi est une
mesure très attendue. Le monument de commémoration “ Quai
Branly ” inauguré en décembre dernier est aussi à mettre
à l’actif du précédent gouvernement qui en avait pris
l’initiative. Il reste à honorer la mémoire de celles et ceux
massacrés après le 19 mars 1962 Les
plaies de l'histoire ne peuvent trouver d'apaisement dans l'oubli A
cet égard la blessure est triple : -
Une blessure sociale
avec des jeunes qui n'ont pas eu toutes leurs chances d'insertion,
d'intégration, de qualification. -
Une blessure morale
pour ceux dont le dévouement et la confiance ont été abusés, dont
l'histoire a été occultée et qui restent encore soumis à des
tracasseries administratives pour justifier de leur nationalité française. -
Une blessure collective
pour la France qui n'a pas
respecté sa parole envers ceux qu'elle aurait dû protéger, et dont
elle a occulté l'histoire depuis. Démonstration nous en est faite aujourd'hui avec la demande des enfants de harkis de retrouver histoire, dignité et travail. Car les plaies de l'histoire ne peuvent trouver d'apaisement dans l'oubli, au contraire, elles se transmettent de génération en génération. Un arbre ne peut vivre sans racines ! Le
Parti socialiste a toujours soutenu le droit à réparation qui est né
de ces épreuves. Des mesures concrètes ont été prises dans le
domaine économique et social pendant les cinq années de la législature
de Lionel Jospin. La majorité de gauche a prolongé l’application de
la loi du 11 juin 1994 pour les harkis et leur famille. L’emploi
a été inscrit comme priorité de sa politique à l’égard de cette
population durement frappée par le chômage. Des cellules de
reclassement professionnel ont été créées, pour favoriser l’accès
à l’emploi, assurer un suivi personnalisé ; les conventions
emplois ont été améliorées et des bourses d’insertion ont été
mises en place pour faciliter la mobilité géographique et
professionnelle de ces demandeurs d’emploi. Les
résultats enregistrés au niveau de la réinsertion dans le monde du
travail ont été en progression ces dernières années. Parallèlement,
les différents gouvernements se sont attachés à résoudre les
situations d’urgence. Dans
le prolongement de ces actions, afin de permettre aux anciens Harkis de
disposer de ressources suffisantes et en réparation des préjudices
qu’ils ont subis du fait de leur engagement pour la France, le
gouvernement a instauré une rente viagère annuelle versée aux anciens
harkis ou à leurs veuves ayant de faibles revenus et ayant atteint 60
ans. Pour
assurer aux anciens harkis et leur famille des conditions d’habitat
satisfaisantes, les aides à l’accession à la propriété, à l’amélioration
de l’habitat principal et au désendettement immobilier ont été
poursuivies jusqu’en décembre 2002. Ces mesures n’ont pas suffi à résoudre les difficultés économiques et sociales, ni à apaiser l’amertume, ni à restaurer le sentiment de citoyenneté et d’appartenance à la communauté nationale. Devant
la persistance de ce malaise et le taux de chômage important chez les
jeunes, nous devons poursuivre et renforcer les efforts engagés pour réaliser
une meilleure cohésion sociale. La Droite avec ses nominations ministérielles
ne doit pas masquer les difficultés qui perdurent et qui ne sauraient
être réglées sans continuité dans l’effort et la reconnaissance
des droits. La
Citoyenneté Française enrichie par cette histoire particulière. La
France, parce qu’elle a à cœur les valeurs de la République, doit
assumer son histoire et avoir les gestes de reconnaissance qui
s’imposent. Une nouvelle étape de la réparation morale doit être
abordée. Il serait souhaitable que les anciens Harkis et leurs enfants
puissent voyager, s’ils le souhaitent, dans leur pays natal,
afin de pouvoir rendre hommage à leurs aînés. Ils devraient bénéficier
de la liberté de circulation comme tout citoyen français. En cette année
2003 intitulée en France “ Année de l’Algérie ”, il
est nécessaire d’engager avec le gouvernement algérien des
discussions à cet effet. Parallèlement, il convient aujourd’hui de
revoir les décrets relatifs à la double nationalité, rendus obsolètes
par la suppression du service militaire en France et la
professionnalisation de nos armées. Une
nouvelle étape de la revalorisation matérielle doit être engagée,
d’abord par l'augmentation de la rente viagère servie aux anciens
Harkis ou à leur veuve ; elle doit être attribuée sans considération
de conditions de ressources et de tout prélèvement fiscal et social. L’instauration
d’un droit à indemnisation doit également être étudiée pour les
femmes et les enfants mineurs lors du rapatriement. Des mesures
volontaristes doivent être étudiées en matière de formation,
d’emploi, de logement et d’insertion dans la vie économique. La
réparation, c’est aussi le souvenir des victimes civiles et
militaires de la guerre d’Algérie. Une fondation pour la mémoire des
anciens Harkis doit être instituée. Mais la reconnaissance de cette
histoire ne doit pas être un enfermement. Les
anciens Harkis et leurs enfants doivent accéder à une pleine
participation aux responsabilités collectives et doivent devenir partie
prenante à tous les échelons de la démocratie. Pour
citer Lionel Jospin : “ Par votre histoire, votre
pratique du multiculturalisme, votre connaissance du Maghreb, vous êtes
le meilleur trait d’union possible pour la paix, la sécurité et le développement
économique dans cette grande région du monde ”. Nous
faisons nôtre cette conviction et nous voulons nous tourner résolument
vers l’avenir. (Ces propositions, parvenues cinq jours avant le 21
avril 2002, n’ont pu être transmises dans les foyers). Une
contribution sur cette ‘’question Harkis’’ est une première
dans le Parti. C’est pourquoi, nous demandons à ce congrès de
poursuivre et de confier aux futurs responsables du Parti la mission déjà
engagée. Cette perspective doit s’intégrer dans le rassemblement du
Parti autour de la Motion retenue, avec aussi les éléments contenus
dans la présente contribution. Ainsi
la référence à l’identification ‘’Harkis’’ se fondra dans
une citoyenneté française enrichie par cette histoire particulière. Synthèse Nous devons œuvrer pour la pérennité du 25 septembre, comme journée nationale d’hommage aux Harkis. L’instauration d’un droit à indemnisation doit également être étudiée pour les femmes et les enfants mineurs lors du rapatriement (Les enfants qui sont passés dans les camps de regroupement). Les mesures prises en matière de formation, d’emploi, de logement et d’insertion dans la vie économique, doivent être renforcées afin de rétablir pour cette population l’égalité des chances devant l’accès aux responsabilités tant sur le plan politique que professionnel. Premiers signataires : Marie RICHARD Secrétaire nationale, Salem BOUSSADA Délégué national, Smail BOUFHAL , Geneviève GOMEZ, Tatiana BOUALAM, Marietta KARAMANLI Déléguée Nationale, Antoine KAKOUSKY, Charles TAMAZOUNT |
| Actualité | Forum |